vendredi 25 septembre 2009

Copie / coller Article Internet


Une année à la campagne(Gallimard/Folio, 1994, 259 pages)
Sue Hubbell n'est pas écrivain, c'est juste quelqu'un qui aime parler de sa passion, et qui en parle bien. D'ailleurs, elle me fait penser à Helen Hanff, sans doute parce que c'est une femme de tempérament, sympathique, intelligente, et humble... Ex-citizen universitaire mariée et mère de famille, Sue se retrouve seule à la campagne, (Ozarks, Missouri?) à la tête d'une énorme exploitation de ruches. C'est une situation au départ très difficile à laquelle pourtant elle s'est adaptée avec bonheur, et qui lui a permis, en totale adéquation avec la nature, de trouver la sérénité. Elle est devenue la Dame des abeilles.
Il s'agit donc d'un recueil des petits évènements extraordinaires de son quotidien, assortis de questions et de réflexions personnelles. "Ils (les animaux) s'imaginent donc être propriétaires des lieux et leur certitude n'est démentie que par un bout de papier classé dans mes dossiers. (...) Lorsque je me mets à réfléchir à la question vue sous ce jour - à savoir que ceux qui habitent un endroit et s'en servent ont le droit d'en revendiquer la propriété, même illégalement - elle devient d'une extrême complexité."
Quand on ouvre ce livre, on reçoit en pleine face le souffle de la nature, mystérieuse et puissante, dans laquelle l'homme, cet animal à deux pattes, tient une place somme toute ni plus ni moins importante que tous les autres. Vivifiant, tonique et rafraîchissant, c'est simplement beau!
La préface, de J.M.C. Le Clézio, se termine comme ça : "J'ai souvent rêvé d'un livre complet, où il y aurait les oiseaux, les insectes volant dans la lumière du matin, les gouttes accrochées dans les toiles des araignées, le ciel changeant selon les saisons, l'odeur de la pluie et le bruit du vent, les cris des animaux, un livre où on sentirait la chaleur du soleil, le toucher léger des plantes, un livre où il y aurait les secrets visibles et invisibles du monde, et même des choses extraordinaires et rassurantes comme la recette de la tarte aux kakis (...) Un livre où la poésie serait comme une respiration, où le langage ferait sa musique familière. Il me semble que le livre de Sue Hubbell est ce livre-là." Note : 5/5(Lassy)
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C'est un livre magique, une petite merveille, un chef d'oeuvre à la notoriété très discrète et j'aurais pu ne jamais le lire...
A peine le livre refermé je sautais sur mon ordinateur pour voir et connaître tout de Sue Hubbell. Hélas, peu de choses d'elle sur le net, juste une photo prise probablement à l'époque du livre, au volant d'une camionnette, une héroïne plus très jeune mais lumineuse.
Sue Hubbell, partie vivre dans les monts Ozark avec son mari, se retrouve rapidement seule, mais certes pas démunie : quelle force de la nature cette femme, comme elle a sa place au coeur même de cette nature sauvage, indomptée, mystérieuse. Et pourtant chez elle tout est simple et limpide, y compris son écriture qui insidieusement, au détour des premiers mots, malgré sa sobriété, vous paraît la plus belle jamais lue. Je n'arrêtais pas de relever des petites phrases, des paragraphes qu'il m'aurait plû de reproduire ici, pour vous faire apprécier ce qu'elle dit et comment elle le dit, avec une humilité, un humour, une tendresse renversants. Mais je ne le ferai pas, car pourquoi déflorer le charme de cette biographie (qui par moments m'a fait penser à celle de Karen Blixen).
Il y est question de campagne, de paysages, du rôle et de la place au coeur de l'écosystème de toutes les créatures qui le peuplent, de fabrication des tartes, de charpenterie et de toiture, des saisons qui passent et loin de finir sur une glorification exaltée et pompeuse de la Nature, les derniers mots écrits sont aussi anodins et charmants que tout le reste.
J'aimerais avoir la mansuétude et la soif d'apprendre de Sue Hubbel, j'aimerais considérer les insectes et les reptiles avec cet émerveillement qui l'habite, au lieu de les chasser hors de ma maison avec férocité comme je le fais. A cette exception près, sans mérite aucun de ma part, je ne peux que partager le même amour qu'elle pour les oiseaux, les chiens, les chats... et son respect de la vie animale.
Mais il serait ridicule de chercher à établir de comparaison, Sue Hubbel a un courage, une volonté, une philosophie de vie exceptionnels. Sue Hubbell est une grande dame, la Dame aux abeilles.
A noter une très jolie préface de JMG Le Clézio.

lundi 21 septembre 2009

Nous résumerons ci-après les quelques jours écoulés : permettez-moi d’abord de vous dire à quel point je suis satisfait de la classe de CE1 que le Destin m’a octroyé : des petits marmots tout à fait sympathiques. Amandine est en train de finir la mise en place de la bibliothèque, pour permettre aux élèves d’emprunter et de « consulter sur place » selon la formule consacrée, et tout cela semble se goupiller agréablement. Nous sortons aujourd’hui d’un petit week-end de trois jours qui semblait programmé depuis plusieurs années dans le calendrier lunaire pour assurer aux travailleurs de l’extrême que nous tendons à être une rentrée en douceur. Avec tous les nuages dont le ciel était chargé la semaine dernière il était bien difficile aux musulmans qui font le Ramadan d’apercevoir la lune. Elle s’est montrée samedi soir cependant, comme indiqué sur le sous-main de la Société Générale. La confrérie Tidjane a célébré la korité dimanche et les Mourides aujourd’hui. Nous sommes allés manger chez Sambou, un pêcheur originaire de Thiès que nous avions rencontré en juin. Tout à l’heure il nous a vendu plusieurs kilos de crevettes. Ses enfants viennent d’être circoncis et c’est pour cela que samedi nous sommes allés les voir, en pensant qu’il voulait simplement nous les faire connaître mais c’était surtout pour qu’on les voit en tenue de circoncis, tout en blanc avec un bonnet d’âne et un bâton élimé à la main pour qu’ils puissent serrer la main au cours des quinze prochains jours. Korité est un peu le Noël des musulmans et nous avons apporté un ballon aux enfants, Pape Tierno et Mohammed, ce qui les a mis en joie et nous en retour. Nous avons mangé un très bon plat à base de vermicelle, d’oignons et de foie de zébu, très bon. En fin de journée, il y avait un match amical avec une sono.
Ce matin, nous étions tranquillement à l’école en train de découper des cartes pour un jeu numérique de début de CE1 quand Adama nous a appelés pour nous rendre visite. Il était en pleine forme après les trois semaines de vacances qu’il a eues bien raison de prendre. Je lui ai offert le carnet de voyage des P’tites Laines en Teranga et lui ai lu le texte de Maud dont il est le héros. Il était très très ému, c’était très fort. Il est rentré à N’Dangan après avoir acheté une grosse corde pour M’bathiou qui devient de plus en plus fort et qui a besoin d’une plus grosse corde pour rester attaché. Pour finir, je vous conseille ce livre, qui est l’un des plus beaux et des plus doux jamais lu :







dimanche 13 septembre 2009

Un 11 septembre

Bonjour !

Vendredi 11 septembre 2009 était peut-être un jour à prendre l’avion mais pas la voiture. Dans le train jeudi soir nous sommes restés coincés un peu avant le Mans pour un colis suspect en gare du Mans, « n’essayez pas d’ouvrir les portes » et les gens ont sortis les textos, les numéros préférés partout autour de nous, pour prévenir. Nous avons dormi à l’hôtel Ibis de l’aéroport d’Orly Sud, après avoir pris la navette Air France qui fait Montparnasse-Orly pour 23 € en grillant des feux rouges. La chambre d’hôtel avec les tours jumelles chez France 2 et M6.

Lever tôt. Apercevons, au loin, sagement garé, le Boeing Corsair Fly à étage, qui boit le pétrole nécessaire à son Paris-Dakar ; lui qui partira tout à l’heure avec un peu de retard pour une mallette suspecte au rez-de-chaussée.

Finalement sains et saufs, voici Dakar ! Le premier taxi rencontré nous promet l’embarquement immédiat pour M’Bour. Mais à peine avons-nous passé La Patte D’oie que c’est l’embouteillage. Le grand, l’immobile bouchon. Quelqu’un dit au chauffeur que c’est comme ça jusqu’à Rufisque... Le taximan nous lâche : il n’a pas envie d’y passer la journée. Il s’arrange avec une autre voiture pour qu’on prenne place avec lui. Une Renault 21 qui appartient à un gars qui fait travailler le chauffeur et aussi une autre voiture qui est en panne quelques mètres derrière. Nous n’avançons pas. Quand quelqu’un vient avec une corde, la corde est attachée à la Renault 21 pour tracter l’autre caisse. Bouchon infini. Moteurs coupés. Moteurs allumés, infusions de pots d’échappements noirs, gris, qui piquent les yeux. Camions. Voitures. Bouchon. Rien ne se passe.

Pendant 4h, nous avons fait du 1km / h, peut-être moins, et en tractant avec une corde la voiture du collègue. Niokoboke. On est ensemble. Du bon jus d’ananas.

Moteurs coupés, allumés, pots d’échappement, marcher à côté du bouchon pour respirer un peu et tu doubles des milliers de véhicules et tu reviens peu optimiste à la R 21. C’est le blocage sans fin. 13h, 14h, 15h, 16h, 17h, 18h, 19h.

A 19h, les choses se débloquent un peu. Nous roulons ! Parfois, une secousse nous rappelle l’automobile que nous tractons toujours, batteries à plat. Mais la nuit commence à tomber. Les passagers de la voiture tractée commencent à entrevoir que c’est un peu dangereux. Pas de phares (batteries).

La pluie commence à tomber. Il fait nuit. Et puis pas d’essuie-glaces pour la R21 ! Visibilité nulle. Et la voiture tractée doit être pire encore : ni phare, ni essuie-glace, et si elle chasse nous chasserons aussi. Danger assez important.

Arrivés à bon port, la passagère de la voiture tractée nous dira qu’elle n’a jamais eu aussi peur de toute sa vie. Et nous mîmes (n’est-ce pas) davantage de temps à faire les 80 km entre Dakar et Saly qu’à traverser la France, le Maroc et la Mauritanie…

Le Sénégal ce beau pays vert, et chaud, accueillant ; mais pour tout déplacement supérieur à 10 km désormais, ce sera peut-être Adama sinon rien ! Adama qui est l’heureux papa d’une petite Coumba depuis août.
Bonjour à tout le monde, on espère que vous allez bien ! Nous, ça va, et demain c’est la rentrée.

jeudi 2 juillet 2009

Hola !!



Mr le Directeur
La classe de CE 1. 

Alors que c'est la dernier jour de classe, que je suis à la bibliothèque, les élèves devant un DVD histoire de les occuper (après jeu du béret, cola-malliard, longue récré...), voici quelques photos de l'école de Louly où nous étions allés avec quelques collègues il y a une quinzaine de jours. Comme on le voit, contraste assez saisissant avec cette école française désormais fameuse :" Jacques Prévert". Il est sûr que beaucoup de français à l'étranger dégazent un peu trop haut par rapport à leur postérieur, c'est bien dommage. Heureusement, nous étions une équipe super, on a vraiment passé une bonne année. A tous points de vue. On espère vous voir tous très bientôt. Merci beaucoup à tous les lecteurs de ce blog. Merci pour vos petits mots, et tout et tout. On espère que vous allez tous très bien. GROS BISOUS !!!! 

dimanche 28 juin 2009


Avec les petites gouttes de pluie, les quelques gros orages qui parsèment les jours ces jours-ci, les baobabs ont de jolies grappes de feuilles toutes vertes au bout des branches (dessin-photo non contractuel donc).

Cara N'Diaye, le fils d'Adama

Quand le ciel se couvre de gros nuages noirs...

dimanche 21 juin 2009

mercredi 17 juin 2009

Il a plu fort lundi. Depuis, plus rien.

Le retour en France qui approche et alors les dernières rencontres, les petites « aventures » de ces jours qui coulent ont la même dimension que les premières rencontres, les premières « aventures » de septembre. Comme si l’œil s’aiguisait davantage en sachant les choses éphémères, et s’endormait un peu dans le ronron des habitudes inévitables…
Oui ! c’est la grisante Afrique ! Et la vie quotidienne !
Mais peut-être c’est l’œil qui fait les choses furtives ou lourdes ? Je ne sais pas si le corps décide l’œil ou si l’inverse…
Mais voici quelques images avec la fin des épisodes de cette saison 1 (bientôt en DVD) :
Jeudi dernier, nous sommes allés dans une école en brousse avec quelques collègues. Quitté M’Bour à 35°, arrivée 15 km dans les terres, aux alentours de 48°… Aminata, la maîtresse des CM2, connaissait un instit de ce village. Nous avions à l’école beaucoup de livres pour enfants, des manuels, des documents pour la classe. Nous sommes allés les remettre à cette école. Accueil très généreux ; boissons fraîches, échanges de pratiques et de politesse. Le contraste avec nos classes bien ventilées et bien garnies est saisissant, une fois encore. Deux classes (celles des CI et des CE1) ne sont même pas en dure, ce sont des cases où, paraît-il, les serpent aiment bien venir roder… Les enfants, assis à quatre par tables, sont si sages, si motivés… Certains parcourent plusieurs kilomètres chaque matin pour aller à l’école, et ils restent sans manger jusqu’au soir, à moins qu’une famille du village ne leur offre du riz à midi. Les élèves ont classe la matin puis l’après-midi de 15h à 17h30. Chez les CM2, les élèves corrigent tranquillement leur dictée, en indiquant la nature et la fonction des mots soulignés, en l’absence du maître qui fait la visite avec nous. Il paraît que 40% du budget du Sénégal est consacré à l’éducation. C’est vrai que dans beaucoup d’endroits reculés il y a une école. La plupart des écoles n’ont aucun moyen ceci dit. Il y a des locaux, il y a des enseignants qui ont obtenu je crois, après des mois de grèves et de « débrayages », la prime qu’ils réclamaient (ils sont payés une misère) et il y a nous qui sommes repartis couverts de remerciements alors qu’on n’avait rien fait d’autre que vider une armoire et charger un carton dans le coffre du 4X4 d’Aminata…
Vendredi, discussion avec un pêcheur. Samedi, Pouponnière nous revoilà. Et oui avec Bakatadji, divers week-end à Dakar, et surtout cette école française gourmande en temps et en énergie (et en cancans !), on n’avait pas trop eu le temps d’y aller ces derniers temps. Toujours aussi attachants, et on devrait faire un goûter samedi prochain, en y conviant Véronique qui est une fille qui a créé une petit asso, "Keur Talibés". Elle a d’abord bossé pour l’asso "Les Gones de M’Bour", mais suite à des divergences de vues et autres choses sans rentrer dans le détail, elle a fondé "Keur Talibé". Dimanche, je suis allé visiter la Daara dont l’asso s’occupe à M’Bour Sérère. Petite Dara d’un marabout très sympa qui n’envoie pas les enfants mendier, chaque talibé est parrainé par une famille sénégalaise et par un européen ; un travail à petite échelle mais au moins c’est clair que ceux-ci bénéficient d’un vrai accompagnement, et c’était une chouette visite. Puis, dimanche, nous avons passé la journée avec les collègues, comme si on se voyait pas assez pendant la semaine mais c’était très sympa. Lundi, Adama a fait classe chez les CM1 ! Gros bisous !

mardi 9 juin 2009

dimanche 7 juin 2009

Bon anniversaire !

Un petit message pour souhaiter un très bon anniversaire à Olivier et Stéphane ! Et oui, une année de plus les cocos !
Hier, nous sommes montés à la capitale avec les collègues pour les fournitures de rentrée, on a bien rigolé, et Mathieu avait pour mission de trouver une raquette à moustiques et il a ramené une lampe violette pour bziter les insectes, on va essayer ça car la vie sans moustiques s'est tellement mieux !

Une photo de Toubacouta, sur la route pour Bakadaji, la seule que l'on a pu prendre... Un aperçu de ce que peut être la Casamance.

On pense très fort à vous tous, J-26

Mandine

mardi 2 juin 2009

Bakatadji et Sénégal on TV

De retour du village dont nous avons tous, de près ou de loin et jusqu’au dégoût parfois, entendu parler : Bagatadji ! Celui qu’on prononce aussi Bakatadji, en mandingue, est un village après la piste de Missira, au cœur de la réserve nationale du Saloum, à quelques 40 kilomètres de la Gambie, à peine. 6 ou 7 familles mandingues l’habitent, le village a une école –que Janine a contribuée à mettre en place–, un chef de village, une toute petite mosquée, une minuscule case de santé mise en place par une ONG des Pays-Bas et toujours fermée, et trois instituteurs. C’est un village sans électricité, baigné par l’eau du Sine ou du Saloum (je ne sais jamais). Et nous sommes arrivés samedi en fin d’après-midi.

Rencontre avec Adrien et Christophe, deux jeunes cinéastes qui réalisent un documentaire sur la perception, par les villageois de Bagatadji, des politiques environnementales décidées en d’autres (hauts ? déconnectés ?) lieux. Visites de courtoisie aux familles, premiers échanges de politesse en langue mandingue. Les villageois vivent principalement de la pêche et de l’agriculture ; des cultures vivrières que les phacochères dérangent souvent, et l’interdiction de clôturer les espaces de cultures y est pour beaucoup, semble-t-il. Partout des manguiers gorgées de fruits. Il suffit de tendre la main pour se régaler ! Sommes-nous tombés au paradis terrestre ?
Les pommes de cajou sont aussi très présentes. Comme l’indique leur nom, ce sont des pommes, mais accolée en-dessous il y a aussi une petite gangue, et c’est elle qui délivre la noix succulente… On fait griller la noix dans son écorce et on mange. Quant à l’odeur de la pomme, si elle ne sert pas à des parfums ou des savons, en tous cas elle nous a rappelé Tahiti Douche et Yves Rocher.

Dimanche matin, nous partons nous promener avec Youssoufa, un jeune garçon d’une douzaine d’années, qui est le fils de Mamadou, l’instituteur des CP. Youssoufa suit le collège à Toubacouta, il est très gentil et très mûr pour son âge. A marée basse (nous sommes dans la mangrove baignée des superbes palétuviers), nous observons des singes se prélasser sur la terre que la mer retirée a libérée. Quelques zébus, quelques ruches, des traces de phacochères et de hyènes. Au retour, nous disons à Janine, restée à fumer à côté de sa case, que quand même des ruches il y en a (l’apiculture est un projet auquel elle tient beaucoup). Janine peste qu’il n’y en ait davantage. Elle regrette aussi que son campement écotouristique ne soit toujours pas opérationnel. Que le four à pain qu’elle a mis en place ne fonctionne pas. Que la machine à coudre qu’elle a emmenée ne soit guère utilisée… Nous hasardons l’idée que peut-être les habitants n’ont pas envie de cela… Difficile mise en place des bonnes idées toubabs ! Mais si on laissait chaque peuple décider lui-même de ses projets, de ses envies, de son organisation ? Si on leur foutait la paix ?
C’est un peu le thème, pour ce qu’on en a aperçu, du film de Christophe et Adrien. Une trentaine de printemps derrière eux, quelques études en anthropologie dans la même Université, à Bordeaux, quelques rencontres décisives (dont celle avec Janine par hasard à Nouakchott) et une même passion pour le documentaire, ont fait naître une belle amitié et les ont conduits ici à Bakatadji, dont ils connaissent presque tous les recoins, de même que les subtilités de la langue mandingue ne leur échappent plus ! Depuis trois ans, ils travaillent plusieurs mois par an au village. Ils ont crée une association : http://porteagauche.free.fr/ . Atterris au Sénégal un peu par hasard, ils y ont maintenant un petit réseau qui leur permet de réaliser des films institutionnels (alimentaires) qui leur apportent l’argent nécessaire à la poursuite de leur film sur Bakatadji.
Le film s’appellera sans doute "Fanabana" (L'équivalent mandingue de notre "Aide-toi et le ciel t'aidera"). Il se centre sur la vie quotidienne des habitants du village (à travers le regard de quelques personnages principaux) et s’attache à développer la façon dont ils perçoivent les actions des ONG et autres administrations sénégalaises sur leur milieu de vie. Tous les projets de développement en cours sur la réserve de biosphère ont un joli volet intitulé : « Aide au développement des populations locales ». Mais le documentaire devrait montrer que les villageois retirent fort peu de bénéfice de ces projets, que l’aide se perd en intermédiaires, en conférences bidons, et que le sacro-saint « écotourisme » est souvent brandi comme la solution miracle à tous les « retards » de développement… Ce week-end de la Pentecôte, Mamadou, l’instituteur des CP, n’a pas pu être très présent avec nous car en tant qu’écoguide il était tenu de participer à un séminaire de deux jours au poste de surveillance de la réserve. Christophe et Adrien se sont levés aux aurores pour filmer un ou deux discours bienséants puis ils ont été gentiment remerciés. C’est qu’on commence apparemment à comprendre le propos de leur documentaire… Dimanche après-midi, nous sommes allés nous baigner. Je crois que je n’avais jamais vu un endroit aussi beau. Seule la peur de rencontrer un petit caïman m’a empêché de sombrer totalement dans la contemplation béate, dans le troisième mode de connaissance spinoziste ! Des palétuviers immenses entouraient le bras de fleuve où nous nous baignions, n’est-ce pas, et l’on se dit que si la Casamance c’est comme cela, partout, alors il n’y a qu’une chose à faire : aller là-bas !
Au retour, j’assiste à la préparation d’une séquence du documentaire sur le retour d’un villageois convié au Séminaire. L’objectif de Christophe et Adrien : arriver à lui faire dire qu’il a reçu un petit « perdiem » (un peu de flooze quoi) pour avoir bien voulu assister à la réunion bidon. Lui qui à peine revenu de cette conférence file sécher du poisson à Missira pour toute la nuit a en effet bien d’autres chats à fouetter que des problématiques écotouristiques… On en vient donc à payer les villageois pour leur participation à ces réunions, histoire de chanter un petit air de « démocratie participative » aux très altruistes et motivées ONG.
Mais je caricature…, et ce n’est certainement pas en deux jours qu’on peut comprendre tout ce qui se joue là-bas mais tout ça pour vous dire que je suis impatient de voir ce documentaire qui devrait tourner en festival en France en 2010 et être diffusé sur TV5 Monde et RFO également en 2010, et s’ils en sont à leur sixième mois de tournage après toute une année de repérage et deux bons semestres d’écriture, c’est bien que la situation est complexe ! Donc, ne caricaturons pas… Sur le site de "Troisième porte", vous pouvez voir un « teaser » du documentaire, comme on dit dans le jargon.
Très intéressant aussi de discuter avec Adrien et Christophe sur la manière dont évolue leur travail au fil des mois ; comment ils s’interdisent moins qu’avant le recours à une certaine « mise en scène », alors qu’ils la refusaient absolument au début –mais elle semble possible maintenant, et c’est sans doute parce qu’ils ont beaucoup de respect pour ceux qu’ils filment et ils ont obtenu la confiance des villageois et ils ne filment plus des découvertes mais des choses qu’ils connaissent bien désormais, des choses qu’ils ont beaucoup pratiquées et encore une fois leur connaissance du mandingue est ahurissante. Chapeau bas ! Vivement le film !

Enfin, dans un autre style, la chaîne M6 a proposé la semaine dernière une « enquête exclusive » modestement intitulée « Confrérie Mouride. La multinationale des vendeurs à la sauvette ». Du grand reportage ma foi. Les sénégalais qui vendent des tours Eiffel en plastique au Trocadéro sont donc les dangereux disciples d’un groupuscule sectaire ultrapuissant : les vilains Mourides. M6 s’attache à montrer le scandale que représente leur système d’entraide et communautaire. Le scandale qu’il y a à organiser une quête après la prière. Bref, si M6 avait eu comme objectif de cultiver la peur et l’ignorance, elle ne s’y serait pas prise autrement. Raccourcis faciles, traductions orientées (comme le Dieuredief Serine Touba qui devient « Gloire à notre prophète… »), images-choc souvent sorties de tout contexte, recours à la caméra cachée, bref du grand M6 (on a regardé cette émission sur Daily Motion : http://tak.00221.info/M6-vendeurs-mourides ) Bien sûr que le statut de la ville de Touba est ambigu, que le lien entre les grands marabouts et le pouvoir est très obscur, que leur influence sur la vie politique et la vie des gens est énorme, mais on pourrait espérer de la part de gens qui se disent journalistes, davantage d’objectivité, un désir de plus comprendre avant que de juger… D’autant que tout ce que M6 n’arrive pas à montrer en image, c’est la voix off qui s’en charge…

Pour finir, il n’y a pas de photos de notre merveilleux week-end en brousse parce qu'on avait oublié de recharger l’appareil photo. On espère que vous allez tous bien et que nous vous manquons parce que vous, vous nous manquez ! A bientôt !

mercredi 27 mai 2009

Bienvenue sur Terre ! Bon anniversaire !







A Dakar le week-end qui est passé. Tout a commencé par un concerto chorale du choeur de Dakar, c'est la secrétaire du collège qui nous y avait invités pour voir des beaux négrospirituals et des chants religieux assez jolis mais un peu spécial l'ambiance Liban Catho... Enfin ça change des imams, c'est toujours ça. D'ailleurs, très bizarre d'entendre les cloches sonner, comme un parfum de France à Dakar Plateau tout à coup. La France encore avec les films projetés au CCF samedi soir, une sélection de courts métrages primés par les cahiers du cinéma, plutôt ratée la sélection mise à part ce film sur Hiroshima tout en photos. On s'est fait aussi un musée d'art contemporain africain l'après-midi et on a mangé chinois dans un restaurant asiatique. On a aussi mangé des pâtisseries françaises et j'ai bu une Desperado. On a acheté deux livres à la librairie. On a regardé la télé chez les gens où on logeait au quartier HLM, sur TV5 Monde l'émission Pékin Express qui est un jeu de télé réalité où les gens sont par deux et doivent aller d'un endroit en Chine à un autre endroit en Chine ou en Inde, sans argent, juste en gueulant sur les chinois qui ne les comprennent pas, comme si eux comprenaient le chinois ! Et oui, voilà bien des français à l'étranger !

Mais, comme on n'a pas la télé ni le cinéma, ni de bierre mexicaine, ni de pâtisserie, on a été bien contents de tout ça.

Or, nous terminerons par des messages codés : si demain c'est ton anniversaire, tu deviens une trentenaire, et tu reçois plein de bisous et de pensées de toutes les couleurs ! Gros bisous !
Et les yeux qui s'ouvrent sur le monde sont encore plus beaux que la première page d'un bon livre !

lundi 18 mai 2009








Hum, des mangues flambées au rhum !

Bonjour,

Quelques petits mots sur des toubabs qui font des choses pas mal dans le coin (et oui, ça existe !) Tout d'abord, à toute princesse, tout honneur, Janine qui après la réussite de sa journée Talibés le 20 avril a lancé son blog qui se veut une plate-forme des différentes initiatives qui sont lancées pour combattre le phénomène photocopie. Pour l'instant, le blog est en cours de construction mais n'hésitez pas à aller le visiter, à laisser des commentaires, des infos, afin de la motiver (sa stagiaire est partie). Son blog est http://talibes.blog4ever.com/


Ensuite, il y a l'espace Sobo Badié à Touba Dialaow. Mise à part que Touba Dialaow est un petit village très très magnifique et paisible, l'espace sodo badié est un espace, comme son nom l'indique, qui propose régulièrement divers spectacles, des stages de toutes sortes d'arts vivants et aussi des chambres dans une endroit super. C'est un franco-haïtien autodidacte qui a monté ça et l'architecture des lieux est digne d'une maison Gaudi, si vous voyez ce que je veux dire dans le style maison aux formes arrondies etc.


Enfin, il y a un toubab qui a une ferme exotique avec des perroquets (aras, gris de Gabon, cacatoés avec crête d'Australie) et tous les zozios du Sénégal (chauve-souris, marabouts, un pélican) dans un endroit super, une sorte d'élevage-zoo, plutôt une réussite pour ce passionné de perroquets. ça se trouve à N'Gaparou et dommage qu'on n'ait pas connus ça avant que vous "viendiez" nous rendre visite les amis car c'est un endroit plutôt chouette. (sans jeu de mot)
(ce lien est nul vous pouvez vous en passer)


Et puis, il y a Amandine, qui compile actuellement le métier de bibliothécaire, d'ateliers parascolaires et d'Atsem. Elle était en stage à Dakar la semaine dernière, pour le logiciel BCDI de gestion de bouquins sur un ordinateur.


Et puis, il a commencé à pleuvoir. Hier c'était 2 gouttes, aujourd'hui 3, mais l'effet sur le thermomètre est immédiat: 2 gouttes = + 5°. 3 gouttes = + 15°. Continuez, et montrez que cette suite est peut-être proportionnelle.

mercredi 13 mai 2009

Un envoi de la collègue qui nous envoie quasiment 10 chaînes par jour. Celle-ci n'est mal !

vendredi 8 mai 2009

"Derrière la porte"


Cette semaine la compagnie Tour de Cirque est passée à l'école. Habituée des spectacles intinérants (déjà à leur actif : l'Inde, la Colombie, la Tunisie...), cette compagnie française (de la Drôme) est en train de parcourir l'Afrique, du Maroc jusqu'à l'Afrique du Sud, en neuf mois, par l'Ouest. Marion et Farid sont partis en famille avec leurs deux enfants, Shemsi et Maëlla. Le spectacle s'appelle "Derrière la porte". C'est un spectacle de magie et de jonglage. Ils ont aussi conduit des ateliers de voltige et de jonglage avec les élèves. Voici leur blog pour suivre leurs aventures :





Latcho Drom !

samedi 2 mai 2009

Jeudi -

Il était l’heure d’aller à l’école pour une séance de hand-ball, une leçon sur les châteaux-forts, des exercices de maths, de la poterie et la lecture du journal intime de Papelucho, un petit garçon chilien qui raconte ses vacances mouvementées à Vina del Mar. Il était l’heure de l’école mais nous avons croisé la peur d’un petit enfant de 6 ou 7 ans juste devant chez nous. Il devait avoir passé la nuit sur la plage, il avait froid, faim, il était faible et terrorisé ; il est passé devant nous avec une lenteur maladive, il n’allait nulle part, il était perdu. Nous avons fait demi-tour. Nous l’avons retrouvé dans la boutique de S, nous avons demandé à S quoi faire de cet enfant ; il répondait à peine aux questions de S, il ne savait pas ou ne voulait pas dire où était la maison de son marabout, il était sous-alimenté, il avait la tête amochée, il était pieds nus et il était vêtu de haillons. S nous a indiqué la maison de T. T est une dame qui s’occupe parfois, à la faveur de sa retraite, des petits talibés. Nous avons emmené l’enfant chez elle ; elle l’a accueilli, elle lui a préparé un petit déjeuner –lait chaud, biscotte, grenadine –pendant que nous étions en route pour rejoindre l’école et ce jour-là j’ai été en retard pour l’ouverture de grille. Nous sommes repassés le soir. T nous a raconté.

L’enfant s’appelait Missa, ou Fiso –elle n’avait pas bien compris. Ses parents vivent dans le Fouta à près de 800 km. Il a la gale, souffre de malnutrition, subi visiblement des sévices corporelles. Il a 6 ou 7 ans. Il s’était échappé de sa « daara ».

T avait d’abord cherché à joindre le chef du village –injoignable. Elle a appelé SOS Médecin – sur répondeur. Puis elle s’est rendue à la gendarmerie.
Avec un gendarme ils ont cherché la « daara » de l’enfant toute la matinée. Ils ont tourné dans M’Bour sans la trouver. Dès qu’ils croisaient des talibés ils leurs demandaient : « Vous le connaissez ? Où dort-il ? » Ils n’ont pas rencontré d’enfant qui le connaissait.
Lorsqu’ils s’arrêtaient pour interroger, un petit attroupement se formait. Une fois, un homme bien mis, en beau boubou et bien peigné s’est approché. Il a passé ses mains sur la poitrine chétive de l’enfant, comme pour contrôler l’état de son système respiratoire, il l’a tâté dans le dos et lui a fait ouvrir la bouche pour regarder ses dents puis il a dit : « Je le prends ! 20 000 ! » T est alors rentrée dans une colère folle. Devant tout le monde elle a attrapé le marabout par les cheveux et elle lui a crié : « T’es bien peigné là, t’es bien propre, c’est bien ! T’as de l’argent pour ça, bravo ! Et regarde cet enfant ! » Et elle a montré le sexe de l’enfant couvert de pus et je crois qu’elle a éclaté en sanglots. Parce qu’on peut acheter un gosse en pleine rue, devant un gendarme, apparemment en toute impunité. T a donné au marabout tous les noms qu’il méritait et elle est repartie avec l’enfant et le gendarme.

Sur les indications d’une personne qui pensait reconnaître l’enfant, ils sont allés dans une daara derrière le poste de santé de Grand-M’Bour. Là, T a vu une trentaine d’enfants couchés à même le sol de béton, tous atteints de la gale. Devant la maison, la voiture du marabout : une Mercedes. Le marabout n’était pas là. C’était un « assistant » qui gardait les enfants ce jour-là. Apparemment ce n’était pas encore la daara du petit Missa ou Fiso.
Cette matinée s’est terminée à la gendarmerie. L’enfant y est resté. Il faut espérer qu’il sera envoyé dans la structure d’une ONG d’aide à l’enfance sur M’Bour, mais le plus probable est qu’il retourne dans sa « daara ». Le gendarme a dit à T qu’il ne fallait pas faire ça, qu’il ne fallait pas les laver, par les accueillir chez soi car le marabout peut vous poursuivre pour séquestration d’enfant !
« La prochaine fois que vous voyez un enfant en détresse comme celui-ci, vous le laissez sur la bord de la route, vous passez votre chemin, et s’il tombe quelques mètres plus loin ce sera toujours un de moins ! »
T est rentrée chez elle bouleversée. Voilà où en est le Sénégal avec les trafics d’enfants qui y ont cours, sous couvert d’éducation coranique. Mais les politiciens disent : « Le dossier est sur la table ».

Je n’ai rien romancé du récit de T. Mais face à l’impuissance de tout le monde, l’absence de vraie volonté politique de changer les choses et de faire le tri entre éducation coranique et trafics d’enfants, devant aussi l’impossibilité (du moins la grande difficulté) d’agir, comme ONG ou comme individu, et la peur qu'inspirent les marabouts de ficelle "jeteurs de sorts", je commence à être d’accord avec Janine qui dit que l’une des premières choses à faire est de faire du scandale, d’aller systématiquement porter plainte et de faire connaître le problème à un maximum de personnes. En tous cas, des histoires pareilles sont déprimantes et donnent envie de quitter ce pays.

Albert Londres, Terre d'ébène



Lu Terre d'ébène d'Albert Londres. Un voyage en AOF et AEF dans les années 20.
ça décape.

22 le revoilà

Quand on a vu le policier habituel sur la route de Nianning à la sortie de M’Bour, on a pris par les chemins parallèles à la route car ras-le-bol de laisser des backsihsh, des bakchish, etc., pour éviter la fourrière ou autre car on n’est pas immatriculé aussi faut dire qu’il faudrait peut-être le faire. Au retour, même topo, on voit le policier de loin, le même qui nous arrête tout le temps et donc on bifurque pour le contourner. On est tranquillement en train d’avancer avec difficulté dans le sable quand dans le rétroviseur on voit le policier qui s’est lancé à notre poursuite parce qu’on n’est pas passé devant lui ! Il nous dit de le suivre. Alors là je pète un scandale. Je lui dis qu’on passe par où bon nous semble, je dis même : « je passe par là où il me sied le mieux », et je me lance dans un scandale consistant à prendre à témoin les badauds et parler, parler sans interruption en se plaignant de la corruption et de l’injustice sur cette Terre. C’est une technique de Janine, et ça marche assez bien : il faut faire un scandale et se plaindre et comme ça ils nous a laissés aller.